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Tribune

Jeudi 22 septembre 2011 4 22 /09 /Sep /2011 14:00

 

Quatrième montée à la tribune pour Philippe Alain, le bénévole lyonnais rédacteur des articles  Des Roms pour marchepied,  La longue marche des Roms et Eurom Millions® . Contrairement aux fois précédentes, je n’ai pas modifié le titre qu’il a donné au présent article.

 

 

Hier, 21 septembre 2011, ce sont encore 200 Roms de l’agglomération lyonnaise qui ont été expulsés de leurs lieux de vie.

A Lyon, depuis une semaine, le préfet applique à la lettre la circulaire du 5 août 2010, pourtant illégale, et démantèle, un par un, tous les camps de Roms.

 

Il fallait les voir ces 25 enfants de l’autre côté du trottoir de la rue Eugène Pottier, le regard perdu, les yeux encore embués de sommeil, ne comprenant pas pourquoi on leur envoyait une quinzaine de véhicules de police de si bon matin.

Ils ont entre 6 mois et 12 ans. L’un d’entre eux avait son cartable sur le dos. Mais, pour lui, en ce matin, il n’y aurait pas d’école.

 

La veille, l’OFII de Monsieur Klarsfeld était passé pour proposer « l’aide au retour ». Pas un habitant n’en a voulu.

Stefan expliquait pourquoi :

- « Qu’est-ce que tu veux que je fasse de cet argent pour retourner en Roumanie ? Je suis en France depuis 2002, j’ai cinq  enfants qui vont à l’école, l’OFII ne m’a jamais proposé un centime pour m’aider. A la place, ils donnent 300 € à des Roumains qui sont là depuis une semaine et qui sont venus exprès pour ça… »

 

Le préfet du Rhône a déclaré qu’il ne voulait pas voir d’enfants mendier dans la rue. Il montre clairement aujourd’hui qu’il ne veut pas non plus les voir à l’école.

A peine les enfants rentrés et scolarisés à un endroit, il les expulse et les rejette à l’autre bout de la ville.

 

Le préfet du Rhône, reprenant les déclarations du ministre Apparu (1), a déclaré qu’à Lyon, il ne laisserait aucun enfant de moins de 10 ans dormir dehors. Pourtant, rien que dans la journée d’hier, il en a jeté une centaine dans la rue, dont les plus jeunes ne sont âgés que de quelques mois.

 

La semaine dernière, après avoir trouvé le camp de Saint Fons vidé de ses habitants, le préfet a donné pour consignes de traquer, harceler, pourchasser les Roms de Saint Fons où qu’ils se trouvent (à moins que de tels agissements ne soient le fait de fonctionnaires particulièrement zélés qui agissent de leur plein gré). C’est ainsi qu’un groupe de 80 personnes, dont une trentaine d’enfants, se sont retrouvés à Chassieu, puis à Décines, puis à nouveau à Chassieu et à Villeurbanne puis à Vaulx-en-Velin.

 

A Chassieu, quand la police les a retrouvés dans une forêt au milieu de nulle part, ils ont été obligés de quitter les lieux. Ils faisaient 100 mètres, tenant d’une main leur enfant, de l’autre leur lourd baluchon, suivi à pied par des policiers. Dès qu’ils s’arrêtaient pour se reposer, la police les obligeait à repartir.

Cette traque a duré 2 jours et 2 nuits.

Finalement, à Vaulx-en-Velin, alors qu’ils étaient exténués, au bord de l’épuisement, la police les a chassés une dernière fois… pour les conduire dans une usine déjà occupée par une trentaine de Roms…

Alors que depuis une semaine et le début des rafles, la police était passée dans tous les squats pour menacer d’expulsion immédiate tous les occupants s’ils accueillaient de nouvelles personnes, ici, la police a tenu le discours contraire. Un squatteur m’a raconté que la police les avait menacés d’expulsion immédiate s’ils n’acceptaient pas ce nouveau groupe…

 

Depuis le mardi 13 septembre et l’expulsion illégale des 140 personnes de la rue Marcel Mérieux (les premiers occupants étaient là depuis plus de 48 heures), le préfet a jeté dans la rue plus de 650 Roms.

Mardi 20 septembre, il en a expulsé par charter 150 dont une cinquantaine venue de Saint-Etienne.

 

Quant à la loi, elle est bafouée en permanence. A une personne qui rappelait que la loi interdit d’expulser des squatteurs au-delà de 48 heures de présence, un officier supérieur de police a répondu : « Ne vous inquiétez pas, on ne les laissera JAMAIS s’installer 48 heures. Ça, c’est notre travail. »

Non, la police ne laisse pas 48 heures, elle n’hésite pas à intervenir au bout de quelques heures sur des terrains privés sans l’accord du propriétaire. Elle intervient même au bout de 96 heures, sans le moindre scrupule. 

 

En ce qui concerne les expulsions, la préfecture délivre maintenant des OQTF (Obligations de Quitter le Territoire Français) dès qu’un Rom qui a déjà vécu sur le sol français l’a quitté et revient. En gros, on supprime le droit de libre-circulation et on exclut les Roumains de l’Europe. Bien entendu, ce n’est que pour les roumains. Un touriste hollandais qui vient en caravane et multiplie les courts séjours, même s’il ne dépense rien en France, lui, ne sera pas inquiété…

 

En ce moment la police multiplie les contrôles au faciès à l’encontre des Roumains. Et qu’on ne me dise pas que les Roumains ne sont pas ciblés car  les contrôles sont effectués avec un policier spécialement venu de Bucarest qui pose les questions et traduit…

Relevé d’identité, fouille des sacs, confiscation des portables pour vérifier s’ils ne sont pas volés et, enfin, questionnaire rapide pour connaître la situation administrative et la date d’entrée en France. Le tout précieusement consigné dans un petit carnet spécial.

Parfois, dans la foulée, convocation à la PAF pour constitution d’un dossier d’expulsion.

 

Enfin, depuis longtemps déjà, la police arrête des enfants roms. Dans le métro, dans la rue, dans les déchetteries.

 

Voici le témoignage d’un de ces enfants :

 

« Dans la déchetterie, il y avait un monsieur qui ressemblait à un clochard. Il fouillait dans les poubelles. Et puis, d’un coup, il a sauté la barrière et nous a attrapés. Il a mis son bandeau de la police au bras et nous a amenés au commissariat. Il a pris nos empreintes, comme ça, tous les doigts mais aussi la main et puis, ils nous ont pris en photo, trois photos. Après il nous a dit de cracher sur un mouchoir qu’il a mis sur la table. Après, ils nous ont mis en garde à vue, jusqu’à 11 heures du soir et puis ils nous ont emmenés dans un foyer. Ils n’ont pas voulu prévenir mes parents. »

 

Cet enfant à 11 ans. Il vit en France depuis 5 ans. En 8 jours, il a été expulsé quatre fois de sa maison par la police. Il se déplace la peur au ventre. Il ne va plus à l’école, il a perdu son sourire d’enfant, et son visage, marqué par ces épreuves, le fait paraître plus âgé. Il est recensé, fiché, photographié et son ADN est répertorié. 

 

Alors je ne sais pas si la Roumanie, c’est Auschwitz, Monsieur Klarsfeld, mais je peux vous dire, et votre comparaison (2) est à cet égard bien trouvée, qu’ici, au moins pour les Roms, c’est déjà Vichy.

 

Philippe Alain

  

 

 (1) « Il est hors de question qu’une seule famille se retrouve à la rue. Un enfant ne dort pas dehors en France en 2011 » (B. Apparu, Le monde, 20 juillet 2011)

« Jean-François Carenco s’est engagé à ce qu’aucune mère accompagnée d’enfants de moins de 10 ans ne dorme à la rue » (Le Progrès, 11 août 2011)

(2) 21 septembre 2011, Arno Klarsfeld, directeur de l’OFII (Office Français de l’Immigration et de l’Intégration) déclarait sur France Inter à propos des expulsions de Roms : « S'il n'y a pas de politique du chiffre, c'est-à-dire s'il n'y a pas d'aiguillon sur les préfets, alors les préfets ne font pas ce travail de renvoyer, non pas vers la mort, non pas vers Auschwitz… »

 

enfants-roms (Photo : Philippe Lefevbre)

Par Sergeant Pepper - Publié dans : Tribune
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Mardi 20 septembre 2011 2 20 /09 /Sep /2011 13:48

 

Après Des Roms pour marchepied et La longue marche des Roms, voici la troisième tribune de Philippe Alain, notre bénévole de la région lyonnaise. Il va cependant sans dire que le mauvais jeu de mots qui sert de titre est de votre serviteur.

 

 

Ce matin, mardi 20 septembre 2011, à 7h30, quai Perrache à Lyon, deux cars d’une capacité de 50 places chacun ont emmené des citoyens roumains à Satolas afin d’y embarquer dans un charter spécialement affrété pour l’occasion, direction la Roumanie. Un troisième car devait les rejoindre depuis Saint-Etienne.

Le caractère massif des expulsions (entre 130 et 150 personnes d’un coup) ne fait plus aucun doute.

 

Toutes ces personnes ont accepté « l’aide au retour volontaire » proposée par l’OFII. Mais attention, il ne s’agit là que d’une manœuvre qui dissimule mal une politique d’expulsion massive et ciblée des citoyens roumains.

 

D’après les associations présentes sur place, la quasi-totalité des personnes expulsées leur étaient inconnues. Ce qui signifie qu’elles n’étaient en France que depuis peu de temps. En discutant avec certaines d’entre elles, on apprend qu’elles sont venues spécialement pour toucher les primes : 300 € par adulte et 100 € par enfant.

Les 30 000 expulsions annoncées par Claude Guéant et les primes incitatives ont donc créé une véritable course à l’argent. Au lieu de limiter le nombre de citoyens roumains, on en attire de plus en plus.

 

Cette politique est totalement inefficace puisque toutes les personnes expulsées ont le droit de revenir immédiatement sur le sol français en qualité de membre de l’Union Européenne. Ou, plutôt, elles avaient le droit.

Depuis septembre 2011 et l’application de la nouvelle loi Besson, l’état français délivre aux citoyens roumains des OQTF (Obligations de Quitter le Territoire Français) pour séjour de moins de 3 mois alors qu’auparavant elles étaient délivrées après des séjours dépassant 3 mois… A cette disposition, on a ajouté l’abus de courts séjours de moins de 3 mois.

 

Ce faisant, la France est en train de fermer l’accès de ses frontières aux citoyens roumains ou plutôt, comme ceci serait illégal, elle les laisse rentrer, mais leur donne immédiatement un ordre d’expulsion.

En résumé, si vous êtes roumains, vous n’avez pas le droit de venir en France plus de deux fois, sinon cela constitue un abus de court séjour. Bien entendu cette disposition n’est pas appliquée aux autres étrangers, sinon la France perdrait ses 80 millions de touristes…

 

Enfin, cette politique d’expulsions a un coût. On peut l’estimer à 600 millions d’euros. Une commission sénatoriale a estimé le coût d’une expulsion à 20 000 €. Ce qui, multiplié par 30 000, donne 600 millions.

 

Le gouvernement cherche, parait-il, à faire des économies. S’il arrêtait d’expulser massivement des citoyens roumains, il pourrait économiser 300 millions d’euros (la moitié environ des personnes expulsées depuis le début de l’année étant des citoyens roumains).

 

La semaine précédente, on a vu plus de 450 Roumains installés en France depuis plusieurs années être expulsés de leurs camps puis traqués à travers toute l’agglomération lyonnaise pendant plusieurs jours et, finalement, réinstallés (par la police elle-même) dans des squats. Aujourd’hui, on assiste à l’expulsion de Roumains venus spécialement pour profiter de  l’argent du contribuable français…

 

Si vous trouvez la logique de tout cela, je vous serai reconnaissant de bien vouloir me l’expliquer.

 

Philippe Alain

 

euros

Par Sergeant Pepper - Publié dans : Tribune
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Dimanche 18 septembre 2011 7 18 /09 /Sep /2011 16:30

 

Philippe Alain, le bénévole à qui l’on doit le texte Des Roms pour marchepied que j’ai publié le 11 septembre 2011, remonte à la tribune pour nous conter les tribulations des Roms de la région lyonnaise. Les tribulations des Roms et l’absurdité de notre système.

 


 

Après deux jours et deux nuits à errer dans l’agglomération lyonnaise, les familles Roms de Saint Fons ont finalement trouvé un nouveau point de chute… dans un squat…

 

Mercredi 14, anticipant l’expulsion de leur site de Saint Fons, environ 100 personnes, dont une quarantaine d’enfants, sont parties vers Chassieu. Elles ont passé la nuit dans un petit bois avant d’en être chassées par la police jeudi en fin de journée.

Selon les associations présentes sur place, on a assisté à une véritable traque. Dès que les familles se posaient quelque part, la police venait les déloger. A Décines d’abord, avant qu’elles ne reviennent à Chassieu, la case départ.

 

La journée de vendredi fut insupportable. Après avoir chassé les Roms du lieu où ils se trouvaient, la police les a suivis, en voiture et même à pied, pour les empêcher de se reposer et de se fixer quelque part. Dès que les femmes posaient leurs baluchons par terre et qu’un attroupement se formait, la police leur ordonnait de partir.

Mais pour aller où ?

Ils ont finalement atterri au milieu d’un champ où ils ont décidé de monter leurs tentes.

 

Vers 22 heures, alors qu’ils pensaient enfin pouvoir se reposer un peu, cinq équipages de police, visiblement venus pour les déloger une fois de plus sont arrivés.

Mais cette fois-ci, il y avait une équipe de la Croix-Rouge qui, suite à un signalement, s’était déroutée pour leur apporter un peu de nourriture et d’eau.

Afin de ne pas perdre la face, la police a tout de même appliqué les consignes reçues : Recenser tout le monde et relever les identités. Un policier s’est étonné de devoir refaire avec exactement les mêmes personnes ce qu’il venait de faire un peu plus tôt dans l’après-midi.

Après le recensement, les policiers sont finalement partis. A un bénévole de la Croix-Rouge qui demandait combien de personnes environ étaient présentes, le policier responsable de l’opération a répondu :

« Je vous ai mâché le travail, je les ai mis en ligne, vous n’avez plus qu’à les compter. »

Effectivement, afin de faciliter les opérations de recensement et de relevé des identités, les policiers avaient demandé aux Roms de se mettre en ligne mais oublié de leur dire, une fois l’opération terminée, qu’ils pouvaient bouger.

La plupart d’entre eux était restée alignés, assis par terre, comme la police leur avait demandé.

 

Persuadés que les flics reviendraient pour les chasser comme ils l’avaient fait toute la journée, les Roms ont alors décidé de partir pour Villeurbanne. Au Carré de la Soie, ils ont trouvé un terrain où passer la nuit.

Le lendemain, vers 10 heures, ils ont de nouveau été délogés par la police. Direction un terrain au pied du château d’eau.

Mais, une fois de plus, la police était immédiatement sur place. Les Roms ont vite compris qu’on ne leur laissait que quelques heures de répit et qu’il leur faudrait bientôt repartir.

 

A un militant associatif qui demandait quelle était la motivation juridique de ces expulsions à répétition des terrains privés, alors même que les propriétaires n’étaient pas informés, il fut répondu : « on exécute les ordres ».

 

L’expulsion d’un terrain sans l’accord du propriétaire et sur simple décision de la préfecture, un des volets les plus controversés de la loi Besson, a pourtant été censuré par le Conseil Constitutionnel.

Cette disposition contraire à la constitution a pourtant été appliquée une bonne dizaine de fois aux Roms de Saint Fons. Une véritable traque sans merci.

Et que dire de ces relevés d’identité incessants, 3 en 24 heures… Quel est le fondement juridique de tout cela ?

 

Assommées par la chaleur et la fatigue, les familles étaient à même le sol sur ce terrain vague et se demandaient bien ce qu’elles allaient devenir.

En 48 heures, elles n’avaient pratiquement pas dormi, ni mangé ni bu. Il y a pourtant parmi elles deux femmes enceintes et une bonne quarantaine d’enfants.

 

Vers 16 heures, une dizaine de policiers, dont certains équipés de flash ball ou de gilets pare-balles, ont expulsé une fois de plus les familles.

Il fallait les voir, reprendre tout ce qui leur reste de vie et qui tient dans un baluchon. Direction le trottoir d’en face, à côte du tramway.

 

Après une quinzaine de minutes à attendre sur le trottoir et une discussion animée, direction un autre squat au bout de la rue. « Et tant pis si les autres occupants ne veulent pas de nous », se sont-ils dit. « Il n’y a plus rien à perdre ».

 

Accompagnés par la police, ils se sont donc rendus dans cette usine désaffectée, déjà occupée par une quarantaine de personnes.

La police leur avait déjà parlé de ce squat. Cet épisode met d’ailleurs en lumière les ordres contradictoires qui sont donnés aux Roms.

Selon certains, la police leur aurait dit de se rendre dans le squat et leur aurait promis qu’ils n’en seraient pas délogés. En gros, on veut bien d’eux mais pas sur la voie publique, ni sur des terrains privés. Bon, pourquoi pas…

Mais le pire, c’est le discours qui aurait été tenu aux habitants du squat. Alors que, depuis les expulsions massives, la police passe dans tous les squats pour dire aux habitants que si jamais ils accueillent d’autres roumains, ils seront tous expulsés immédiatement, cette fois-ci, la police serait venue leur dire que si jamais ils n’acceptaient pas ces Roms supplémentaires, ce sont eux qui seraient immédiatement expulsés.

Cette version semble tout à fait plausible. Sur place, les squatteurs étaient fous furieux de voir tant de monde arriver d’un coup. Certains voulaient partir immédiatement, persuadés que tout le monde serait expulsé dès lundi.

 

Résumons donc : mercredi, la police dit aux Roms qu’ils doivent quitter le camp de Saint Fons. Jeudi, elle revient en force pour vider un camp pourtant dépourvu d’habitants. Vendredi, la police passe la journée à les pister, les traquer, les harceler. Et samedi, pour couronner le tout, la police les installe dans un squat qui sera forcément évacué tôt ou tard…

 

Il est 18 heures, un gros squat de plus s’est reformé. On a simplement déplacé le problème. 

Une question se pose tout de même. Qui donne les ordres ? Les policiers n’agissent pas de leur propre chef, non ?

 

« Qu’on ne vienne pas nous dire qu’il s’agit d’exécuter des décisions judiciaires », tempêtait un associatif.

 

Il s’agit en fait de les mettre dehors coûte que coûte. La seule chose qui compte pour la police est d’atteindre l’objectif fixé des 30 000 expulsions. Les Roms sont de bons clients.

 

En fin de soirée, il s’est mis à pleuvoir des cordes. Heureusement, les familles étaient maintenant à l’abri. Mais pour combien de temps ?

 

Quant aux autres expulsés de Saint Fons, ceux qui n’étaient pas dans ce groupe et ceux de la Rue Mérieux, le mercredi, ils passeront une nouvelle nuit dans le froid, dans des squares, des parkings, des jardins.

 

Il paraît que le 115 n’a jamais reçu autant d’appels. Bien évidemment, il n’y a pas une place d’hébergement disponible, et ce malgré l’article L345-2-2 de la loi MOLLE : « Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. »

 

Quand le préfet en aura fini avec les expulsions de Roms, il lui faudra penser, s’il a deux minutes, à s’occuper de la loi concernant l’hébergement d’urgence.

Il est vrai que dans la France libérale de 2011, on préfère défendre le droit de propriété que le droit au logement.

Enfin, c’est ce qu’on voudrait nous faire croire. Mais, si c’est le cas, pourquoi les pourchasser, les traquer et empêcher des femmes enceintes, des enfants et des vieillards de se reposer alors qu’ils sont dans la rue, espace public par excellence ? Quelle est la logique de tout cela ? Mais surtout, où et quand cela va-t-il s’arrêter ?

 

Philippe Alain

 

Marche des Roms

Par Sergeant Pepper - Publié dans : Tribune
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Dimanche 11 septembre 2011 7 11 /09 /Sep /2011 13:47

 

Une fois n’est pas coutume, je vais laisser quelqu’un d’autre s’exprimer sur ce blog, même si je trouve sa phrase de conclusion légèrement exagérée (mais qui suis-je pour donner des leçons en ce domaine ?). Peu importe. Cette phrase, non seulement il l’assume mais il prétend aussi être en possession de documents révélant des faits bien plus graves que ceux qu’il décrit ci-dessous (femme enceinte frappée sur le ventre par les services de police, enfants terrorisés à l’aide de chiens de police, etc.). Et il n’y a pas que les documents, il y a aussi ce qu’il a vu et continue à voir dans son travail de bénévole auprès de différentes associations d’aide aux sans-abri (qu’il ne veut pas citer ici car il parle en son nom propre et ne tient pas à nuire au travail que font celles-ci).

Bref, il s’appelle Philippe Alain, il en a plein le cul du harcèlement dont sont victimes les Roms, il cherche des tribunes où s’exprimer et j’ai accepté de lui en procurer une.

Nota bene : il est un témoin visuel de certaines des scènes et a eu connaissance du PV de police.

Laissons-lui la parole.

 

 

Il y a des journées comme ça où rien ne va. On se lève le lendemain et on se dit qu’elle n’a pas existé, que c’était un mauvais rêve, comme ce mercredi 7 septembre.

En fait, tout a commencé mardi 6. Non, attendez, je crois que tout à commencé un certain 30 juillet 2010.

 

Ce jour là, à Grenoble, Sarkozy, en prenant pour prétexte l’attaque d’un commissariat par des gens du voyage de nationalité française, fait un amalgame scandaleux qui jettera les Roms à la vindicte populaire. Il s’en suivra une circulaire illégale qui ordonne aux préfets d’évacuer les campements ou implantations illicites, « en priorité ceux des Roms ».

 

Voilà pour la toile de fond.

 

Aujourd’hui, plus d’un an après ce discours, Sarkozy est au fond du trou dans les sondages. Les effets de la crise, s’ajoutant à ceux d’une politique assumée de protection des classes les plus riches au détriment des autres, conduisent lentement mais sûrement le pays vers une récession sans beaucoup de précédents. Du coup le pouvoir est arrivé à la conclusion qu’il n’existait qu’une seule solution pour envisager une réélection : se retrouver face au Front National au second tour de l’élection présidentielle.

 

J’ai mis du temps à comprendre la stratégie. Toutes ces élections où l’UMP développait des discours de stigmatisation des étrangers, ces débats sur l’Islam, la nationalité, les Roms… A chaque fois, le verdict des urnes était sans appel. Que ce soit pour les municipales, les européennes, les régionales, le régime a pris une énorme claque. Et, chaque fois, je me disais, « mais ils n’ont pas encore compris que ça leur retombe dessus ? »

C’est moi qui n’avais pas compris. Je n’avais pas réalisé qu’ils s’en fichent, que l’important est de poser le débat sur des thèmes bien précis, immigration et insécurité, afin de préparer la présidentielle de 2012 et de s’assurer de la présence du Front National au second tour.

Sarkozy – Le Pen, c’est du 80-20 garanti, comme pour Chirac en 2002. Que Sarkozy s’assure de la présence de Marine et, hop, le tour sera joué.

 

Ce mardi 6 septembre 2011, donc, il est 6 heures 30 du matin lorsque la police encercle le terrain de ***** (1) où vivent des Roms d’origine roumaine. Ce sont des gens tranquilles que la police connaît bien. En novembre 2010 déjà, ils les avaient gazés à coups de lacrymogènes sur leur terrain de la route de Vienne. Comme ça, juste pour s’amuser.

Oui, oui, GAZES PAR LA POLICE… Hommes, femmes, enfants, tout le monde. Bilan : 5 personnes à l’hôpital dont un bébé âgé de 5 jours…

 

A 6 heures 40, les policiers tambourinent aux portes des cabanes, faisant sortir de leur sommeil de manière brutale les habitants.

Ensuite ils les regroupent, comme des animaux. Et puis la rafle commence.

A chacun, on demande ses papiers. Il y a là une liste toute prête et des formulaires.

 

« Monsieur Covaci… Très bien. Vous êtes en France depuis quand ? Vous avez un travail ? Très bien, signez en bas. »

Cette fois-ci il n’y aura pas de photos comme cela avait été le cas lors de rafles précédentes où même les enfants de quelques mois avaient été photographiés. Il faut dire qu’à force, la préfecture doit avoir une galerie de portraits assez complète et un beau fichier ethnique.

 

En moins d’une heure, environ trente personnes sont ainsi recensées et fichées. Soit moins de deux minutes par personne. C’est ce que, à la préfecture, on appelle un examen approfondi.

 

 

Vient le tour de Madame Covaci.

« Ah… Madame Covaci… Vous faites l’objet d’une OQTF [Obligation de Quitter le Territoire Français], Madame Covaci… »

« De quoi ?… »

On lui ressort une vieille OQTF, comme ça, à 7 heures du matin. Une fois qu’elle comprend de quoi il retourne, la vieille dame explique qu’elle est retournée en Roumanie au mois de juillet, qu’elle a changé de l’argent là-bas et qu’elle en a la preuve. Elle montre son justificatif.

« Mais on s’en fout de ça », lui répond la police.

Ne sachant que faire, elle finit par montrer son visage, toujours recouvert d’un foulard pour en cacher la partie droite qui, boursouflée, la fait souffrir. Elle explique qu’elle a un rendez-vous chez le médecin et qu’elle a besoin d’un traitement.

 

Vous vous imaginez, vous, à 7 heures du matin, en bas de votre immeuble, au milieu de vos voisins, obligé de montrer devant tout le monde une partie de votre corps, pour expliquer qu’on ne peut pas vous emmener comme ça à des milliers de kilomètres et vous priver de soins. Bien sur la police ne regarde pas sa blessure. Peu lui importe. Elle est là pour faire du chiffre et la Madame Covaci, ben, elle est sur leur liste.

 

Vient le tour de Monsieur Covaciu… Accrochez-vous…

 

Monsieur Covaciu fait l’objet d’une OQTF datée d’avril 2011…

Lorsqu’on lui signifie qu’il aurait dû quitter le territoire français, il répond que c’est ce qu’il a fait. Lorsque les policiers lui demandent s’il a une preuve, il présente sa carte d’identité et précise qu’elle a été refaite en Roumanie au mois de mai. C’est écrit dessus. Il suffit de lire.

Et bien que pensez-vous qu’il se passe ?

La police l’embarque.

Non ?

Si.

Pour la police, une carte d’identité établie en Roumanie à telle date n’est pas une preuve suffisante que vous soyez retourné en Roumanie à telle date.

Ou alors l’interprète a oublié de traduire ce passage-là. Ou bien, le policier, un gradé dont on suppose qu’il sait lire, a oublié ses lunettes.

 

Monsieur Covaciu, Monsieur Civaci ainsi que Madame Covaci et son fils, un mineur, sont embarqués. Quatre d’un coup, pas mal à une heure aussi matinale, non ?

 

Ah oui, il ne faut pas oublier, avant de partir les flics délivrent quelques OQTF.

« Monsieur machin ? »

« Oui ? »

« Vous êtes en France depuis plus de 3 mois. Allez, hop, une OQTF. »

« Madame truc ? »

« Oui ? »

« Vous êtes là depuis moins de 3 mois, hop, une OQTF. »

 

Oui, oui, vous avez bien lu. Si vous êtes roumain, que vous soyez là depuis plus ou moins de 3 mois, vous avez droit à une OQTF…

C’est sûr que, comme ça, il est plus facile d’atteindre – ou de dépasser – les quotas et de faire plaisir au patron. A plus de 30 000 expulsions, Monsieur Guéant pourra, plus légitimement, réclamer la médaille en chocolat qu’il convoite.

 

A 7 heures 30 l’opération est terminée. 4 OQTF délivrées, 4 arrestations. Ca, c’est une journée qui commence bien…

Direction les locaux de la PAF et puis ensuite le Centre de Détention de Satolas pour 4 citoyens européens qui croyaient que l’Europe, c’était la libre-circulation.

 

Immédiatement, un recours en annulation est déposé. Saisi en urgence, le tribunal administratif convoque les 3 personnes pour le lendemain (le mineur lui, n’est pas convoqué. On lui reproche simplement d’être le fils de sa mère).

Conformément à la loi, le recours a été déposé dans les 48 heures. Théoriquement, ce recours devrait être suspensif. Sinon à quoi bon ? Si le juge vous libère mais que vous êtes déjà expulsé, ça vous fait de belles jambes…

Et bien non… Alors que le juge convoque 3 personnes, le préfet, lui décide qu’il n’en présentera qu’une seule.

 

Cela a été du plus bel effet au tribunal. Lorsque le juge s’est étonné de ne voir qu’une seule personne, le policier a appelé sa hiérarchie au téléphone et la réponse est tombée :

 « Le préfet vous emmer…, il fait ce qu’il veut… »

Ah non, pardon, ça, c’est mon interprétation.

En réalité le policier a répondu : « Le préfet a décidé de ne pas présenter les deux autres personnes au tribunal ».

Ah bon, très bien… Il est vrai qu’en France, la police Prévost (2) sur la justice.

Il faut dire qu’un vol est prévu à 16h40 pour Bucarest et que deux places ont été réservées. Le préfet ne peut donc pas les présenter à 14 heures, autrement ils risquent de rater le départ.

 

L’audience a été un peu surréaliste…

L’avocat des roumains a expliqué qu’en plus de 10 ans de carrière, il n’avait jamais vu cela, que c’était la première fois qu’il plaidait en l’absence de ses clients.

Il a expliqué que l’incarcération ne reposait sur aucune base légale. Il a également souligné le manque de proportionnalité dans l’incarcération de citoyens européens qui jouissent de la libre circulation sur le territoire européen. Il a enfin ajouté qu’on ne pouvait raisonnablement prétendre que les personnes arrêtées avaient fait l’objet d’un examen approfondi de leur situation.

Pour preuve, cette pièce d’identité que la préfecture n’a pourtant pas hésité à mettre en copie du dossier pour expliquer que Monsieur Covaci n’avait pas exécuté son OQTF …

Quelle bourde quand même…

Ils ne savent pas lire à la préfecture ?

Non, je pense plutôt qu’ils travaillent comme la police sur le terrain. C’est à dire en bâclant les dossiers, dans la précipitation, voire l’hystérie. Du chiffre, du chiffre, comme des VRP dont le salaire et l’avancement dépendent de leurs résultats et qui sont sous la pression permanente d’un petit chef des ventes.

 

En ce qui concerne le représentant de la préfecture, je ne vous citerai qu’une perle. Mais elle vaut son pesant d’or : « A l’heure où je vous parle, les deux roumains ne sont d’ailleurs plus en rétention, ils se trouvent dans la zone de transit internationale… »

Tout ça pour nous faire croire qu’ils prennent l’avion parce que ça leur fait plaisir de voyager gratuitement. Comme ces Roms de Saint-Denis que la police a obligé à monter dans un tramway pour les conduire vers une destination inconnue et dont on a ensuite raconté qu’ils y étaient montés de leur plein gré, qu’aucun policier ne les avait obligé.

Tu parles !

 

La conclusion du tribunal administratif est tombée une quinzaine de minutes avant le départ de l’avion.

Personne n’a rien compris, ni l’avocat de la défense ni même le représentant de la préfecture. La mise en rétention a été confirmée et le départ pour la Roumanie de Madame Covaci (avec son fils) et de Monsieur Civaci, approuvé.

Pour Monsieur Covaciu, la mise en rétention est annulée. C’est vrai que le coup de la carte d’identité, c’était un peu gros… Au moins, le juge aura montré qu’il savait lire…

 

Monsieur Covaciu a donc été libéré quelques minutes avant de monter dans l’avion. Monsieur Civaci, lui, a eu le droit à un aller simple gratuit pour la Roumanie.

Madame Covaci et son fils nous ont dit au revoir sans bien comprendre la décision. On leur dit de partir en Roumanie, ils partent.

 

Dans quelques jours, tous seront revenus. On aura dépensé beaucoup de temps et surtout beaucoup d’argent pour rien.

On nous explique à longueur de temps qu’il faut se serrer la ceinture, que la crise va nous avaler tout cru, qu’on doit ponctionner plus d’impôts mais, dans le même temps, on dépense sans compter pour offrir des voyages gratuits à des citoyens de l’Union Européenne qui reviendront dans la semaine.

Il est vrai que quand on aime, on ne compte pas.

Qu’est-ce qu’il doit aimer les Roumains, Monsieur Sarkozy… Est-ce parce qu’il est lui-même d’origine hongroise, presque un voisin ?

 

En France, en 2011, la police procède à des rafles en toute impunité.

 

J’appelle « rafle » le fait de réveiller des gens chez eux sous le seul prétexte de leur origine ethnique ou géographique, de les aligner comme du bétail, de leur faire signer des papiers qu’ils ne comprennent pas.

J’appelle « rafle » le fait d’embarquer quatre personnes au saut du lit, à l’abri des regards, de les enfermer sans même les avoir écoutés et de refuser de les présenter au juge de peur que celui-ci ne les libère.

J’appelle « rafle » le fait de recenser, de photographier, de ficher et d’expulser une population du seul fait de ses origines et de se servir de ces expulsions à des fins purement politiques.

 

Ce soir, j’ai honte d’être français et de revivre sous Vichy.

 

 

 

Philippe ALAIN

 

 

Notes de Sergeant Pepper :

 

(1) L’auteur ne tient pas à citer le nom du camp.

(2) Prévost-Desprez : magistrate française chargée de dossiers célèbres, notamment l’affaire Woerth-Bettencourt.

 

roms Chappate

Par Philippe Alain - Publié dans : Tribune
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  • : 07/07/2009
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