Aujourd’hui, 3 décembre 2010, nous fêtons, foi de Wikipédia, le 642e anniversaire de la naissance de Charles VI de France, un quidam également connu sous les sobriquets de Charles le Bien-aimé et, plus proche de la terrible vérité, de Charles le Fol.
Vous n’en saisissez peut-être pas encore tous les tenants et aboutissants mais vous auriez tort, tous autant que vous êtes, de ne pas vous arrêter quelques secondes pour méditer sur l’importance de la chose. Figurez-vous que s’il est donné à tout le monde d’avoir sa page sur Wikipédia (j’ai songé à y créer une biographie pour Sergeant Pepper), seule la crème de l’élite peut prétendre à ce que le 642e anniversaire de sa mort soit fêté. Et à la crème de l’élite, Charles VI, tout dément qu’il fut, appartenait.
Le 3 décembre 2010, indépendamment de la naissance de Charles VI, est également une date importante, en ce sens qu’elle ne se reproduira plus jamais. A cela, il faut se résoudre et en tirer le meilleur parti. Et ce d’autant plus qu’il y a vingt bons centimètres de neige poudreuse dehors et que je n’ai toujours pas les pneus recommandés par la Sécurité routière.
Charles est né le 3 décembre 1368 à Paris, dans un quartier correct où l’on ne déplorait que peu de pauvres, pas d’Arabes et aucun Rom. Homme de peu d’imagination, c’est également à Paris que ce con mourra quelques 54 années plus tard. De là à y voir la cause de la démence qui s’empara de tout son être le 5 août 1392, lors d’un week-end campagnard au Mans – où, à ma connaissance, on ne fabriquait pas encore de rillettes – il n’y a qu’un pas que nous allons, histoire d’instiller un semblant de véracité au portrait du taré, allégrement franchir. En fait, soyons lucide, il n’y avait pas grand-chose au Mans en plein Moyen-âge. Il faudra attendre encore quelques siècles avant que des fous ne viennent y tourner le plus vite possible dans des voitures considérablement alourdies par le poids des autocollants publicitaires.
Charles était le fils de Charles V, dit le Sage, et de Jeanne de Bourbon. Son père était monté comme un âne et se devait de porter des chausses adaptées ; malgré sa peau laiteuse, sa mère ressemblait à une mante religieuse. Ce qu’elle était très exactement.
Charles VI eut une scolarité et une enfance normales. Pour autant que ce soit possible lorsque l’on grandit à Paris.
L’enfance de Charles cessa à 12 ans, le 4 novembre 1380, le jour où il fut sacré roi de France. La cérémonie se passa bien évidemment à Reims puisque telle est là la spécialité de la ville. Enfin, ça et l’ennui. Je ne crois pas être complètement hors sujet si je dis que, pour ces deux raisons, je n’irai jamais à Reims. Même si les Beatles devaient y donner un concert. Quant au champagne, on en trouve ici aussi.
A partir de là, tout alla de mal en pis.
Ne perdez pas de vue que Charles est encore glabre et affublé d’un zizi tout riquiqui quand on le bombarde aux plus hautes fonctions. Il n’a que 12 ans. Il n’est même pas sûr qu’il se soit déjà masturbé une première fois. Imaginez le choc émotionnel.
Pendant sa minorité, ses oncles gouvernement le pays. Chacun dans son sens. Inutile de dire que c’est la merde dans l’ensemble du royaume. Contre toute attente, les oncles s’enrichissent. Bientôt, le peuple, terrassé d’impôts, se rebelle. Les révoltés pillent Paris et tuent les collecteurs d’impôts. A coups de maillets en fer. Les crânes explosent comme des œufs. Poc ! Poc ! Il y en a partout.
Le pouvoir gronde. Sa main de fer s’abat sur le peuple. La répression est terrible, sanglante, aveugle, orgiaque et tout un tas d’adjectifs encore. Les leaders du mouvement ouvrier sont décapités par des bourreaux à la solde du patronat.
En 1388, au retour d’une empoignade contre le duc de Gueldre, Charles VI, alors âgé de 20 ans, vire ses oncles avant même d’avoir retiré sa côte de mailles et pris une douche. Il prend le pouvoir et le confie à des types très très vieux qui bossaient déjà pour son papa. Des types avec des noms très cons, quelle que soit l’époque. J’en veux pour exemple un certain Bureau de la Rivière.
Le 5 août 1392, dans la forêt du Mans, Charles devient fou sous l’influence d’acide lysergique que l’on n’appellera LSD que bien des années plus tard sans qu’il n’y soit pour rien. Il s’attaque, tout seul, à sa propre troupe. N’écoutant que son courage, il tue quatre de ses compagnons. Que, dans leurs armures, il prit pour des cafards géants d’un beau vert fluorescent avec de grandes antennes. Il faudra douze hommes armés de pistolets Taser pour venir à bout d’une majesté bien décidée à faire le meilleur score possible.
Charles VI ne reprend ses esprits que deux jours plus tard. Il a un mal de crâne épouvantable.
Six mois plus tard, en janvier 1393, Charles organise un happening totalement barge. Gardons toutefois à l’esprit qu’à l’époque, on appelait plutôt cela un charivari.
La rave est organisée en honneur de Catherine l’Allemande, une junkie de Berlin, qui se remarie pour la troisième fois. L’histoire ne dit pas de quoi sont morts ses deux premiers maris mais, compte tenu de l’ambiance familiale, meurtres ou overdoses sont des scénarios que seul un profane aurait l’outrecuidance d’écarter.
Pendant le concert, les lumières s’éteignent et Charles et quelques potes surgissent dans la foule, déguisés en sauvages. Etant bien entendu que le sauvage était, au 14e siècle, un être enduit de poix, de plumes et de poils. Le délire est total. C’est la folie sur la piste. Les flûtes maintiennent le rythme. Les corps sont en sueur.
Vers trois heures du mat, le Duc d’Orléans, un con fini, débarque. Il est accompagné du Duc de Berry, qui ne vaut pas mieux. Tous deux sortent d’une taverne et sont bourrés comme des ânes. Berry a gerbé juste avant d’entrer.
Le duc d’Orléans attrape une torche pour allumer son joint et, curieux des larrons enduits de plumes et de poils qu’il aperçoit mal dans la pénombre, se penche sur eux en titubant vers tous les points cardinaux. Arrive ce qui devait arriver, les olibrius prennent feu. S’il n’y a rien à dire de la teinte jaune-orange qu’ont les flammes qui embrasent les poils, et les historiens l’on bien compris qui n’en parlent pas, il est à noter que certaines plumes font de belles flammèches bleutées.
Jeanne de Boulogne, le paquet de saindoux qui sert de tante à Charles VI, se jette sur son neveu et se le colle sous les jupons pour étouffer le feu. Compte tenu du peu d’hygiène de l’époque et donc de tout le gaz qui imprégnait déjà l’entrejambe de ladite tante, c’est un miracle qu’une explosion ne soit pas à déplorer sous cette tente de fortune. Qui, au final, sauvera la vie de Charles.
Ses quatre amis auront moins de chance. Les danseurs, tétanisés par le spectacle, les regardent se consumer pendant trente minutes. Ce qui, à une époque où le cinéma n’existait pas encore, était un spectacle d’une longueur rarissime. Une aubaine.
Les deux valets d’Yvain de Foix, une des victimes, ont bien eu le réflexe de mouiller un linge mais, plutôt que l’en couvrir immédiatement, ont attendu que celui-ci vienne à eux. Ce qu’il ne fit jamais. Ce fut une chance qu’il périt car, s’il avait survécu, ce con aurait eu tout loisir de regretter cette décision. Ne pas se précipiter sur les secours n’est pas une circonstance atténuante. Surtout lorsqu’on est en feu.
Charles VI, je le disais il y a seulement quelques lignes, survécut. Mais resta scotché au plafond. Quelques jours plus tard, il confiera la régence au Duc d’Orléans, l’outre avinée qui, si j’ai bien tout compris de cette épouvantable famille, carbonisa nos sauvages avec sa torche.
D’un autre côté, il doit y avoir une justice puisque le Duc d’Orléans finira assassiné. Par un certain Jean Sans Peur. Qui lui-même se fera lardé de coups de couteaux dans un jardin.
Charles VI vit maintenant en reclus. Un peu comme Syd Barrett de Pink Floyd. Ses rêves se nourrissent de nostalgie. Il fume beaucoup.
En 1407, c’est la guerre civile. Nombre de cartels s’affrontent. Les Anglais, ces enfants de putes, profitent de ce que les Français s’égorgent pour les poignarder dans le dos. En 1415, on prend une pâtée mémorable à Azincourt. Personne ne fut cependant assez lucide pour voir dans ce champ de viscères un avant-goût de Waterloo et de Juin 1940. Ce n’est que rétrospectivement qu’une perspective se dessinera.
La mort vient cueillir Charles VI en 1422. A Paris, donc. Il sera enterré à Saint Denis, une banlieue susceptible du 93 dont certains disent qu’elle n’est plus tout à fait la France.
A noter que si ses prédécesseurs aimaient leurs croisades moyenne-orientales et raisonnablement épicées, c’est en Flandre, c’est-à-dire chez les Belges, que Charles VI, aux temps où il était encore sain d’esprit, alla porter la parole vraie les armes à la main.
Sauf circonstances exceptionnelles, nous ne fêterons pas sa mort le 21 octobre.












