Ce matin, quatre canards se sont installés dans mon jardin. Quatre canards blancs et gris qui ne se quittent pas d’une palme
et qui, ma foi, je dois leur concéder ça, ont l’air assez sympathique. Je ne sais quelles relations vous entretenez avec les canards, ni même si vous entretenez des relations avec les canards,
mais, personnellement, j’en ai déjà vu de bien moins aimables que le plaisant quatuor qui nous occupe aujourd’hui. Quoique peu. Reconnaissons que le canard n’est pas l’animal le plus antipathique
de la planète. Dans leur immense majorité – et en cela ils me rappellent nos voisins belges – ils sont tout à fait fréquentables. Voire de bonne compagnie. Rarement un canard que vous inviterez à
votre table ne vous décevra. On ne peut pas en dire autant d’un membre du Front National.
J’ai découvert nos quatre palmipèdes, ce matin, en ouvrant les volets, vers 7 heures 20. Nous nous sommes regardés un moment,
en silence, puis, rassurés, apprivoisés, nous sommes tous repartis, étrangement sereins, vaquer à nos occupations. Pour eux, il s’agissait de donner des petits coups de bec nerveux dans le sol à
la recherche de quelque nourriture matinale ; quant à moi, j’avais une cafetière à lancer.
Muni de mon premier café et de deux pains au chocolat, j’ai fait ce que je fais tous les matins : j’ai allumé mon
ordinateur, une bécane surpuissante qui, reliée à tout un tas de fils, me permet d’entrer en contact avec d’autres civilisations. Ainsi, il n’est pas rare que je sois en mesure de communiquer
avec des gens lointains dont on dit qu’ils sont jaunes, sournois et affublés de deux canines qui débordent sur leur lèvre inférieure. Il m’arrive aussi parfois, bien que moins souvent, de
partager quelques mots rudimentaires avec ces êtres totalement noirs des pieds à la tête qui, hilares et hyperactifs, dansent toute la journée au son des tam-tams. A chacun son truc, je suppose.
Personnellement, je suis bien trop fainéant pour m’agiter de la sorte. S’il n’en tenait qu’à moi et si je ne vivais pas dans un pays où il est illégal de participer le moins possible à
l’augmentation de l’empreinte carbone, je resterais dans un fauteuil ombragé avec une pile de livres, un sachet de drogue douce bien dodu, du papier à la gomme arabique naturelle, un briquet, un
chat, quatre canards et les œuvres complètes de Rachmaninov, de Miles Davis ou de Nusrat Fateh Ali Khan.
Malheureusement, il n’en tient pas qu’à moi. En outre, et que la police et le législateur se rassurent immédiatement, en
période de pénurie, je suis assez respectueux des diverses lois sur les stupéfiants.
Ce matin, un peu épuisé, sinon désorienté, par le harcèlement sexuel dont je fus hier soir la victime, je ne savais plus quel
jour nous étions. Enfin, je savais que nous étions un vendredi du mois de mai, que je devais jeter Petit Pepper dans le bus scolaire mais la date m’échappait complètement et, pour une raison que
je ne saurais expliquer, il m’a paru important d’en savoir plus.
Pour ce faire, j’ai cliqué sur la page d’accueil de Wikipédia.
Cette page d’accueil, qui n’est pas la pire page d’accueil que je connaisse et qui ne devrait pas le devenir tant que le
Front National, l’UMP et Ségolène Royal disposeront d’un site web, propose plusieurs rubriques, toutes plus informatives les unes que les autres.
La première s’appelle « Lumière sur ». Ce matin, on y présentait des sujets profondément soporifiques, et peut-être
même débilitants, dont l’histoire de l’horlogerie à Besançon. Or, j’ai une montre et l’heure ne m’intéressait pas.
Ensuite, vient « Actualités et événements », une rubrique qui, comme son nom l’indique, présente les actualités, un
certain nombre d’événements triés sur le volet et, en bas, une éphéméride, le graal après lequel je courrais et sur lequel je vais revenir.
La troisième rubrique s’appelle « Le saviez-vous ? » et aborde des sujets dont, bien évidemment, personne ne
sait rien. C’est là, je suppose, la façon qu’a trouvé Wikipédia de nous humilier. Ce matin, vers huit heures, mais les choses ont peut-être changé depuis, il y était question, entre autres, des
raids féniens.
Enfin, peut-être pour se rattraper et ne pas perdre toute sa clientèle, Wikipédia propose une « Image du jour »
aisément compréhensible. En ce jour ensoleillé, il s’agit de la célèbre échelle de Tanner qui, comme nous le savons tous, présente la taille moyenne des testicules en centimètre ainsi que leur
capacité en cm3. Ces tailles et ces capacités ne dépendent bien sûr pas de la température extérieure mais de l’âge de leur porteur. Les lectrices les plus curieuses ne manqueront pas
de remarquer que les testicules ont tendance, avec les ans, à se couvrir d’un certain hâle qui, ma foi, leur sied plutôt bien.
Bon, revenons à nos moutons. Je cherchais la date et j’ai donc cliqué sur l’éphéméride.
J’ai été immédiatement redirigé vers une page très bien faite d’où il ressortait clairement que nous sommes aujourd’hui le 20
mai, 140e jour de l'année du calendrier grégorien (141e en cas d'année bissextile), et qu’il reste 225 jours avant que cette putain d’année de merde ne se finisse. Je
n’avais absolument pas besoin de cette information, puisque je mange surtout de la viande et des gâteaux, mais j’ai tout de même appris que, sous le calendrier révolutionnaire, le 20 mai était le
jour de la luzerne. Histoire de ne pas m’embarrasser de faits qui ne me serviront jamais, je n’ai pas regardé les événements qui, au cours des siècles, se sont produits un 20 mai. Pas plus que je
n’ai prêté attention aux types et aux femmes sûrement imbuvables qui sont nés ou morts à cette date. Je n’étais là que pour me situer dans le temps, suite à un réveil difficile, pas pour
apprendre l’histoire de France.
Après mes aventures sur Wikipédia, j’ai jeté un coup d’œil à la presse mais, très peu motivé, je n’en ai pas retenu
grand-chose.
Le procès de Jacques Chirac va reprendre (Europe 1)
Depuis quelques jours, la droite ne cesse de nous dire que le système judiciaire américain est super et que nous devons
absolument nous en inspirer, je propose donc qu’on colle des menottes à Chirac et qu’on le fasse parader devant les caméras.
L’affaire DSK modifiera-t-elle les relations hommes-femmes ? (Le Figaro Madame)
Chez moi, elle a d’ores et déjà tout modifié. Depuis l’arrestation de DSK, il ne se passe pas une nuit sans que mon étrangère
de femme ne me harcèle sexuellement en hurlant : « Prove that you are French ! ». Enfin… Je suppose que l’on a les conjoints que l’on mérite.
Pour ce qui est de l’article, sachez seulement qu’il est aussi débile que le laisse entendre son titre.
Les policiers municipaux en quête de reconnaissance (Le Figaro)
Par « quête de reconnaissance », une expression qu’ils ont piochée dans un livre qu’ils n’ont pas lu
jusqu’à la fin, les policiers municipaux signalent simplement qu’ils veulent être autorisés à porter de bons gros pistolets et bénéficier de relaxe en cas de bavure. Tout comme les cowboys de la
nationale.
Quand un assureur allemand récompensait ses employés avec une orgie (20 Minutes)
Ma première réaction a été : cool !
Puis j’ai lu l’article et appris qu’il y avait à peine 20 call-girls pour 100 types. Du coup, je me suis senti nauséeux et
j’ai dû boire un verre de coca.
DSK : Son nouveau quotidien en résidence surveillée (20 Minutes)
Vu la gueule de la résidence surveillée, j’espère qu’il aime les couleurs à chier.

Corbillard à la française : la mort lui va si mal… (Slate)
Je n’ai pas eu le courage d’aller jusqu’au bout de l’article mais j’en ai lu suffisamment pour avoir compris qu’il était con
comme la lune. L’auteur, pour quelque raison mystérieuse, regrette le temps où les bourgeois décédés étaient menés au cimetière en grand luxe. Il trouve que le Français d’aujourd’hui meurt de
manière minable. Ensuite, il se lance dans un éloge des enterrements à l’américaine dont il semble penser que c’est le summum du bon goût.
Je suis sorti de là assez épuisé.
Au hasard de deux ou trois clics pas très gaillards, j’ai également trouvé ce dessin et, hormis les canards, c'est bien la
meilleure chose qui me soit arrivée ce 20 mai.
Puis j’ai dû m’endormir sur le fauteuil. Quand je suis revenu à moi, j’ai réalisé qu’on était déjà en fin d’après-midi et
qu’il était plus que temps d’ouvrir une bière. Quelle journée…