Un site assez con, sur lequel je ne suis pas tombé par hasard, propose aux fauchés des
idées de cadeaux à moins de 10 €. A savoir dix idées en tout et pour tout, pour autant que l’utilisation du mot « idée » ne soit pas illégale dans le cas qui nous occupe. Dix idées
toutes plus connes et plus inutiles les unes que les autres dont, in
fine, nous ne regrettons pas qu’elles ne soient que dix.
Pour quelque raison obscure, le broyeur d’ail a retenu mon attention.

Dans l’encadré consacré à cet article essentiel, on trouve, dans un premier temps,
confirmation de ce dont on se doutait depuis longtemps : les publi-reporters qui opèrent sur la Toile appartiennent à une race, ou une génération, qui éprouve les plus grandes difficultés
à écrire correctement une phrase primaire.
Mais ce qui laisse pantois le client potentiel affublé d’un œil perçant que je suis,
c’est, d’une, de voir que la description du produit commence par le verbe couper et, de deux, d’apprendre que, désormais, « en 2009, le découpeur d’ail semi-automatique
[que je croyais bien innocent] libère la femme ».
Cette pub, vous en conviendrez, fait apparaître, surgir, jaillir, pousser, germer nombre
d’interrogations.
A-t-on à faire à un broyeur ou à un découpeur ? En d’autres termes, ce truc
semi-automatique découpe-t-il ou broie-t-il semi-automatiquement ? Les deux verbes incarnent des réalités différentes (et oui, les mots incarnent la réalité - ainsi que la fiction. C’est
là mon dernier aphorisme*).
Exemples : on coupe l’électricité et l’on broie du noir. Pas l’inverse. Broyer, en un
sens, est pire. Les images qu’il évoque sont souvent presque insoutenables. On visualise des hachis sanguinolents qu’à des fins de greffe, il est inutile de ramasser.
Brrrr…
Est-il possible qu’il s’agisse vraiment d’un broyeur qui broie mais que, confronté à la
difficile question de savoir s’il fallait un i ou un y au verbe, nos publi-reporteurs en herbe
aient botté en touche en optant pour un coupe bien plus simple à maîtriser ?
Semi-automatique ? Quèsaco ? Qu’accomplit la machine ? Que fais-je pendant
ce temps-là ? Quelles sont réellement, sans langue de bois, nos attributions respectives ? Est-ce négociable ?
En quoi ce putain de broyeur va-t-il libérer la femme moderne dont les statistiques
s’accordent à penser, si vous m’accordez que des statistiques puissent penser, qu’elle ne passe que 0,000007 % de sa vie d’adulte sexuellement active à broyer de l’ail. Et même encore moins,
s’il ne s’agit que de le couper, voire de le découper ?
Que se passait-il avant 2009 ? Les broyeurs étaient-ils moins performants et, par
conséquent, moins libérateurs de la femme ? D’abord, est-ce que seule la performance libère la femme ?
Se peut-il, tout simplement, aussi fou que cela paraisse, qu’avant 2009, les broyeurs
n’existaient pas ?
L’homme qui achète un broyeur d’ail peut-il lui aussi espérer une quelconque gratification
libératrice, une gâterie pour ainsi dire ?
* aphorisme : proposition résumant à l'aide de mots peu nombreux, mais significatifs et faciles
à mémoriser, l'essentiel d'une théorie, d'une doctrine. On ne sait jamais...