Dimanche 8 juillet 2012
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« Manger des tomates est interdit parce qu’elles sont chrétiennes. La tomate loue la croix plutôt qu’Allah et dit
qu’Allah est trois. Que dieu nous vienne en aide. Je vous conjure de faire circuler cette photo car il y a une sœur en Palestine qui a eu une vision du prophète d’Allah. Il pleurait et
mettait sa nation en garde contre le fait de manger des tomates. Si vous ne faites pas circuler ce message, sachez que c’est le diable qui vous en aura empêché. »
Ce message, accompagné de la photo d’une tomate dont personne ne doutera que le cœur représente très exactement la croix de
Saint-Jean dans sa version pattée, est apparu le 9 juin sur la page Facebook de l’Association islamique populaire égyptienne (الرابطة الشعبية المصرية الإسلامية). Et il a très certainement été
pris au sérieux car, au jour d’aujourd’hui, 13 137 personnes ont réussi à le relayer malgré les tentatives du diable de les en empêcher. Allah U Akbar !
L’Association islamique populaire égyptienne, cela ne surprendra bien évidemment personne, est un groupe réunissant des
salafistes. C'est-à-dire des mâles barbus et tonitruants qui, pour ne pas être confondus avec les Hells Angels, autres mâles barbus et tonitruants, portent une longue tunique, de modestes
sandales et vont à pied plutôt qu’en Harley-Davidson.
Outre la tenue vestimentaire et le moyen de locomotion, il existe un autre moyen de différencier à coup sûr un féroce
salafiste d’un biker sauvage : quand ce dernier organise un barbecue, s’il n’y a pas toujours une salade de tomates à l’huile d’olive sur la table des ripailles, il y a systématiquement du
ketchup.
De plus, les Hells Angels cachent mieux leur homosexualité refoulée que les salafistes et vous ne verrez jamais l’un d’eux,
même violemment à jeun, embrasser goulument le portrait d’un homme, fut-il celui de William Harley, d’Arthur Davidson ou du fondateur du Ku Klux Klan.
Bien que la mise en garde de l’Association islamique populaire égyptienne ne soit pas techniquement une fatwa, nous allons
tout de même la ranger, car elle y a toute sa place, dans le même tiroir que deux de mes fatwas préférées : celle du cheikh marocain Abdelbari Zemzami qui autorise le coït avec un cadavre si
celui-ci est encore chaud et celle du cheikh égyptien Ezzat Attiya qui, afin de contourner l’interdiction faite à un homme et une femme sans lien de parenté de se retrouver seuls dans le même
bureau, préconise aux hommes de téter leurs collègues féminines. Selon cet olibrius (qui, mine de rien, est un universitaire), il parait qu’allaiter un homme adulte permet à une femme de
troquer son statut (inné) de vulgaire réceptacle à foutre pour celui ô combien plus noble de mère de lait.
Mais, pour en revenir à nos tomates, je dois vous faire part de ma terrible découverte matinale : les tomates, autrefois
bonnes musulmanes, ont renié l’islam. Ecoutez plutôt :
En 1999, le nom d’Allah apparait sans faute d’orthographe dans une moitié de tomate que les Hussain du Yorkshire se
proposaient bien innocemment de mettre dans une salade plus que quelconque. L’autre moitié, et je ne puis que supposer que c’était une assez grande tomate pour qu’une phrase entière y entre,
disait dans l’arabe le plus pur : « il n’est d’autre dieu qu’Allah ». L’apparition fut confirmée par l’imam local qui demanda bien vite à l’université de Leeds toute
l’aide nécessaire afin de préserver la tomate miraculeuse jusqu’à la fin des temps.
Rebelote en 2007, chez les Khalid d’Oxford. Le nom d’Allah apparait de nouveau dans une tomate. Celle-ci échappe ainsi de
justesse à son destin naturel (assiette – estomac – toilettes) et, Allah U Akbar, finit exposée à la mosquée locale où elle attire des milliers de croyants dont l’enthousiasme, comme disait plus
ou moins Hubert-Félix Thiéfaine quand il se droguait encore, ne fut pas sans évoquer des poux en rut.
Et ce n’est pas fini. En 2007 encore, à Manchester, chez le bienheureux Iftiqar Ahmed, une tranche de tomate parle. Et il ne
fait aucun doute pour tous les témoins présents, des types qui ne boivent jamais d’alcool, qu’elle dit « Allah ».
Vous en voulez encore ? Oui ? Allons donc au Kurdistan. En 2010, une autre tomate (vous n’allez tout de même
pas croire que c’est toujours la même tomate, hein ?), bien ronde et bien juteuse, y révèle à nouveau le nom de ce dieu qui ne souffre pas la concurrence.
Les événements rapportés ci-dessus en témoignent sans qu’il soit possible d’en douter : loin de n’être que des
infidèles, les tomates sont en vérité, je vous le dis, de véritables apostates et, plutôt que de simplement s’abstenir d’en manger, il faudrait carrément, puisque c’est là la punition la plus
chaudement recommandée par la charia pour les cas d’apostasie, mettre toutes ces salopes* à mort.
* Je dis « salopes » car nous savons maintenant, grâce à une célèbre fatwa de la branche irakienne d’Al
Qaïda, que les tomates sont de sexe féminin et qu’il convient, sur les étals des marchés et dans les assiettes, de les séparer des concombres, légumes mâles qu’elles pourraient bien évidemment
chercher à pervertir tant elles sont avides d’être farcies.