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Impressions

Mardi 3 janvier 2012 2 03 /01 /Jan /2012 15:49

 

- Le chien ne vous ennuie pas trop ?
- Bonjour !
- Le chien ne vous ennuie pas trop ?
- Entrez !
- Oh non, mes bottes sont pleines de boue. Je vais tout vous salir.
- Pas grave, la maison est à vous. Puis y a un paillasson. Entrez. Il pleut.
- Je voulais vous demander si le chien ne vous ennuie pas trop.
- Quel chien ?
- J’ai capturé un chien.
- Un chien ?
- Oui, un chien. Mais je savais bien que ce n’était pas un renard.
- Ah, vous aviez eu des pertes….
- Oui, cinq ou six poules et un canard. C’était trop pour un renard.
- Et c’était donc un chien ?
- Oui. En tous cas, c’est lui qui est tombé dedans.
- Dans le piège ?
- Oui. Un piège avec des poules mortes.
- C’est un gros chien ?
- C’est un border-collie grand comme ça. Adorable.
- J’avais effectivement entendu ou cru entendre faiblement couiner depuis deux ou trois jours mais je ne savais pas que c’était un chien.
- Si, c’est un chien. Un beau chien. Je le nourris en attendant.
- Vous attendez quoi ?
- Je veux voir si quelqu’un va venir le réclamer. C’est pas pour quelques poules mais j’aimerais savoir s’il est à quelqu’un et, si oui, à qui.
- Cinq ou six poules et un canard, ça commence à faire, non ?
- Bof.
- Et si personne ne vient ?
- Je le relâcherai. Ne vais pas garder cette pauvre bête dans une cage ad vitam aeternam. Il couine un peu. Ha ha !
- Je suis heureux d’apprendre que ce n’était pas mon imagination mais, pour répondre à votre question initiale, non, je n’ai pas été ennuyé en quoi que ce soit.
- Pourtant il couine.

Ensuite, après que je lui eus offert une excellente bouteille de bordeaux blanc 2004 qu’il ne voulut d’abord pas mais qu’il prit enfin, le paysan, mon propriétaire et seul voisin, souleva légèrement sa casquette, passa une main sur ses cheveux aplatis et me confessa sa déprime post-noël.

- Tout le monde s’en va et je me retrouve seul au bord de la route, au milieu du paysage. Je suis là à saluer une voiture qui démarre et, hop, d’un coup, je m’aperçois qu’il n’y a plus que moi debout dans la campagne, la main encore en l’air. Ça me déprime tous les ans.
- Je ne me sens pas très bien moi-même. Entre ça et le temps de merde…
- Moi, ça me dure jusqu’à la mi-janvier. Après, ça va mieux.
- S’il avait de la neige, le paysage aurait toujours son manteau de fêtes et je crois que j’irais mieux.
- Oui, c’est moins rude quand il neige. On a l’impression que Noël s’attarde.

 

Brouillard Nothing Hill

Par Sergeant Pepper - Publié dans : Impressions
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Lundi 31 octobre 2011 1 31 /10 /Oct /2011 12:58

 

Quand j’étais môme et que, récalcitrant, l’on me traînait dans le cimetière où gisent des gens qui portaient mon nom, il pleuvait toujours. Pas deux ou trois gouttes espacées mais de longs filets ininterrompus, d’un diamètre tel que je ne pouvais qu’imaginer la présence, dans le ciel, d’une myriade de robinets. Tous ouverts sur la procession que guidait, tête nue et longue soutane noire, un vieil et immense prêtre tremblotant que flanquaient deux enfants de chœur qui portaient haut des croix dorées.

 

Au cimetière, les adultes gris et noirs, qui m’entouraient, me dominaient et me pressaient contre le ciment mouillé et couvert de mousse spongieuse de quelque tombe qui suintait l’ennui le plus épais qu’il m’ait été donné de connaître, semblaient aimer cette pluie qui claquait sur leurs parapluies sombres et ruisselait sur leurs gabardines. Un soleil joyeux, un ciel vaste et bleu, plus qu’une entorse à la tradition, eurent, en ce jour, tenu du blasphème.

 

Indifférents à mes pieds mouillés, à mes orteils transis, à mes doigts devenus gourds, à mon nez qui coulait, à ma détresse d’enfant perdu dans une forêt de hautes jambes, ils parlaient et parlaient, de rien et de tout ce qui tourne autour, avec d’autres géants, vieux et fripés, que je ne voyais que ce jour-là, toujours à cet endroit-là, comme s’ils vivaient dans cet enclos de la mort et nous y attendaient d’une année à l’autre, et que j’oubliais sitôt que j’avais à nouveau franchi les grilles rouillées, dans le sens de la liberté.

 

« Tu te souviens de la tantine ? »

« Ne nous dis pas que tu as oublié le cousin du moulin ! »

 

Je ne sais si cela était dû au temps humide ou à leur nature d’habitants du cimetière mais leurs lèvres épaisses sur mes joues enfantines évoquaient le glissement de limaces ou, dans le cas des tantines inconnues dont les mentons parcheminés s’ornaient inévitablement de longs poils rêches, le frôlement de quelque monstrueux insecte.

 

« Dis bonjour au cousin du beau-frère de ton grand-père. C’est lui qui a la ferme près de chez Roger, le cousin au deuxième degré. Il t’avait donné un morceau de brioche quand tu avais deux ans. »

 

Il pleuvait. Il ne cessait jamais de pleuvoir. Et, pour recevoir la limace ou l’insecte qu’ils posaient sur mon visage, je devais lever la tête et recevoir sur le nez les trombes que lâchait le ciel bas. L’eau glissait dans mon cou, mouillait le col trop boutonné de ma chemise et s’infiltrait sous mon maillot de corps.

 

« Il a grandi depuis l’année dernière », disait un cousin dont la parenté se calculait en degrés lointains.

« Et c’est pas fini », répondait une tantine chevrotante qui connaissait la vie pour l’avoir observée tous les jours, depuis les dernières années du 19e siècle, cachée derrière les lourds volets mi-clos de sa maison de pierre.

 

« Où est passé l’Oncle ? », demandait subitement l’un ou l’autre des géants qui me pressaient devant la tombe de ce grand-père inconnu qui portait mon nom, et non l’inverse comme on tentait insidieusement de me le faire croire chaque année à la même date.

Et tout le monde de tourner la tête, à droite, à gauche, et de chercher dans le paysage de stèles grises frappées par la pluie le grand-oncle disparu, celui-là même que la mort de son frère, en 1935, avait fait patriarche, sage vers qui l’on se tournait pour tout savoir de ce qui n’était plus.

Malgré la visibilité restreinte, on retrouvait vite l’Oncle vingt mètres plus loin, devant la tombe du Raymond.

« Ah, il est devant la tombe du Raymond », précisait l’un, horloger et féru de précision.

« C’est les Allemands qui l’ont tué, le Raymond », rappelait un autre ancêtre qui mettait toujours, quel que soit le sujet, un point d’honneur à rappeler ce que tous les autres ancêtres savaient aussi bien que lui.

« En 1944. »

« Non, en 1943. »

« Moi, je crois que c’était en 1943. »

« Non, non, en 1943. »

« C’est ce qu’on vient de te dire. Tu écoutes ou quoi ? »

« On demandera à l’Oncle quand il reviendra. »

« Oui, lui saura. »

 

J’en profitais pour m’éclipser. J’allais au fond du cimetière, vers les tombes abandonnées, vers les stèles écroulées, loin des lèvres limaces, des mentons pourvus d’antennes et des mandibules plus ou moins édentées, et je reconstituais des vies à partir de deux dates. J’exhumais ces morts solitaires dont la lignée s’était éteinte ou que l’ancienneté avait condamné à l’oubli en ce jour de commémoration et je les replaçais dans un champ au moment des labours, sur la place d’un marché, au sortir de l’église le jour de leurs mariages, dans une tranchée de la première guerre si les dates de leurs morts s’y prêtaient. Je voyais venir les balles et je les alertais. Je distribuais, avec prodigalité, des années supplémentaires de vies bien remplies à tous ceux dont une savante soustraction entre l’année de la mort et l’année de la naissance donnait un médiocre résultat. Petit dieu, je permettais à de la poussière d’enfant de reprendre forme, de traverser le bois, la terre et la pierre qui nous séparaient et de retrouver le jeu exactement là où il avait été abandonné.

 

Je ressuscitais les morts pour avoir des compagnons plus vivants que les vivants dont j’étais alors entouré et qui, très certainement fous, semblaient aimer la mort. Et lui parlaient d’une voix basse, pleine de respect, comme on s’adresse à un seigneur.

 

Une heure plus tard, toujours sous la pluie, nous trottinions derrière le fichu cendré de ma grand-mère et repassions les grilles. A ce moment, tant attendu, je crois bien que l’eau me paraissait moins mouillée.

De retour dans sa maison, où flottait toujours une plaisante odeur de suie et où un gigot et des haricots blancs nous attendaient sur le poêle à bois, j’allais immédiatement m’assoir dans le cantou et je tendais les jambes pour approcher mes chaussures trempées des flammes qui y dansaient.

 

« Tu vas te brûler ! », disait ma grand-mère.

« Ne te mets pas si près ! », répétait ma grand-mère.

« Ne joue pas avec le feu ! », avertissait ma grand-mère.

 

Je ne jouais pas avec le feu. En tout cas, je n’y jouais jamais quand ma grand-mère me surveillait de ses yeux d’oiseau de proie. Je ne dis pas que, parfois, quand l’Oncle pérorait et que tous buvaient ses histoires en noir et blanc, je ne faisais pas valser de la cendre avec le gros soufflet de cuir mais je jure que je ne faisais rien de coquin s’il y avait la moindre chance que je me fasse attraper.

 

A la fin de cette éprouvante journée, je recevais, de ma grand-mère, un de ces billets craquants qui n’ont plus cours depuis longtemps et dont elle semblait avoir une réserve inépuisable entre les draps amidonnés dont toute une armoire était remplie. Le don était toujours accompagné de la même mise en garde : « je te donne un billet mais ne le dépense surtout pas ». C’était tout aussi inéluctable que le déluge et les pieds mouillés.

 

 

Bref, tout ça pour dire que, maintenant que je suis adulte et que presque tous les géants sont morts, il semble ne plus jamais pleuvoir pour la Toussaint. Bien au contraire, il fait presque toujours un temps magnifique. Et j’en viens à me demander si, d’une façon ou d’une autre, il n’y aurait pas un rapport.

 

Toussaint 3

 

Toussaint 1

 

Toussaint 2

Par Sergeant Pepper - Publié dans : Impressions
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Jeudi 13 octobre 2011 4 13 /10 /Oct /2011 09:30

 

Il semblerait que les habitants des profondeurs n'aient pas encore siroté leur content de café à huit heures du matin. A moins qu'ils ne soient que de vulgaires avaleurs de thé. Auquel cas ils méritent d'avoir encore la tête dans le brouillard.

 

Brume vallée

Par Sergeant Pepper - Publié dans : Impressions
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Mercredi 12 octobre 2011 3 12 /10 /Oct /2011 08:50

 

Le café est une boisson proprement miraculeuse, n’en déplaise aux philistins qui lui préfèrent une simple eau chaude qu’ils nomment, non sans une certaine emphase, « thé ».

 

Les deux premières photos ci-dessous ont été prises à Nothing Hill vers 6 heures du matin, après seulement une demi-tasse de café. Les deux suivantes l’ont été vers 8 heures, après, pour autant qu’il m’en souvienne, trois tasses du même café. La différence, comme vous pouvez le constater, est notable : les photos les plus récentes, à défaut d’être réussies, sont nettement plus lumineuses que les premières.

C’est là la preuve indéniable, indiscutable, indubitable, incontestable, que sais-je encore, que le café éclaircit l’esprit de façon sensible.

Et la démonstration serait encore plus éclatante si, n’étant pas le pauvre que je suis, je buvais du café issu du commerce équitable et disposais d’un bon appareil.

 

Quant au texte présent, je vous livre l’info pour ce qu’elle vaut, il a été écrit sous l’influence de quatre cafés.

 

Lune Nothing Hill 1Lune Nothing Hill 2.0Lune Nothing Hill 3

Lune Nothing Hill 4



Par Sergeant Pepper - Publié dans : Impressions
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Jeudi 15 septembre 2011 4 15 /09 /Sep /2011 14:13

 

Aujourd’hui, 15 septembre, c’est la Journée de la prostate, du lymphome et de la démocratie.

Je vais cependant laisser à d’autres le soin de trouver, pour autant qu’ils existent, la corrélation, l’enchaînement logique, l’apparentement. Je ne suis pas de taille à déchiffrer le monde qui nous entoure et nous assiège.

 

Chercher du sens rend fou.

 

Que trouverai-je si, par exemple, je tentais de comprendre pourquoi, à un petit kilomètre de chez moi, l’état mutile une jolie forêt de feuillus pour, au final, n’élargir qu’un seul parmi les vingt virages étroits qui me séparent du village et conserver aux autres leur aspect préhistorique ?

 

Que trouverai-je aussi si je cherchais le pourquoi de la dernière pensée qui, hier soir, juste avant l’extinction des feux, me traversa l’esprit (« chez l’humain, c’est le comportement qui fait la beauté ou la laideur, et non l’apparence ») ?

Rien, à priori, ne me prédisposait à une telle idée. Pour autant que je m’en souvienne, juste avant qu’elle ne traverse mon esprit comme un train fou traverse une gare sous le regard ébahi d’un voyageur planté sur le quai, je réfléchissais, confortablement adossé à trois oreillers joufflus, aux avantages et aux inconvénients qu’il y aurait à boycotter les girolles persillées que Lucy in the Sky prépare avec une effrayante régularité et je me proposais d’aborder ensuite la question inoffensive de la confiture dont je farcis parfois mes pains au chocolat matinaux : plutôt que de mettre de la mûre ou de la groseille, ne serait-il pas possible de mettre de l’une ET de l’autre et, si oui, dans quelles proportions.

 

Hier, une poule a passé la journée dans mon jardin, après s’être échappée de l’enclos mitoyen où elle vivait en compagnie d’autres poules, de canards, d’oies, de deux ânesses et d’un lapin claustrophobe.

 

Soudain confrontée à la liberté et aux choix que celle-ci implique, cette poule se mit à chercher du sens : le sens de son évasion et le sens de son ambition.

 

Son comportement, comme il fallait s’y attendre, se fit vite erratique. Les mouvements nerveux de son cou, ses courses désordonnées, son caquètement désespéré furent les premiers signes d'un glissement certain dans la folie. Perdue dans un océan de questions et un infini de réponses, elle finit bientôt, pour faire cesser l’assaut des impulsions électriques qui ébranlaient son cerveau, pour opposer des limites à un horizon trop vaste de possibilités, par se jeter, bec premier, dans la haie de thuyas derrière laquelle se trouvait son ancienne vie de pain dur et de contentement sans interrogations. Inlassablement : Elan, course, choc. Elan, course, choc. Elan, course, choc.

 

Chercher du sens rend fou.

 

Fou mais pas forcément irrécupérable. Il existe toujours un moyen, surtout si l’on a quelques girolles, de faire revenir une poule perdue.

 

Poule girolles

Par Sergeant Pepper - Publié dans : Impressions
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Lundi 27 juin 2011 1 27 /06 /Juin /2011 18:12

 

Il fait chaud. Vous l’avez sûrement remarqué si vous avez regardé TF1 ou ouvert votre fenêtre. Personnellement, je ne me suis pas planté devant la télé mais j’ai dû faire 70 bornes aller-retour pour acheter du tabac plus quelques cigares, abandonner ma femme au bord d’une route, acheter des sous dans une banque et embrasser Big Pepper et Mother Superior, mes vénérables parents.

 

Ici, à Nothing Hill, nous devons avoir 36 ou 37° C à l’ombre et des températures quasi tropicales au soleil. Ce qui, à priori, n’est pas pour me déplaire tant cela me rappelle mes années thaïlandaises. D’ici un an, lorsque mon organisme se sera de nouveau acclimaté à la France, peut-être, comme la plupart des gens qui m’entourent, trouverai-je cela inconfortable. Mais, pour le moment, la chaleur me réussit plutôt bien. Je pète véritablement le feu et, pour cette raison même, évite les sous-bois, les papèteries-librairies et les stations-services. J’ai tout d’un départ d’incendie ambulant.

Si ce temps se maintient, je vais peut-être même perdre quelques petits kilos superflus et retrouver ces abdominaux en tablette de chocolat qui, autrefois, faisaient fondre les femmes et me chamboulaient moi-même lorsque je me plaçais, nu, devant un miroir en pied.

 

J’ai tout de même pris le risque, conscient de l’enfer que doivent vivre mes lecteurs citadins prisonniers de cubes en béton gris où rien ne vit ni ne pousse et qui ne savent du passage des saisons que ce qu’ils en voient dans les journaux et à la télé, de m’approcher d’une meule de foin et de l’immortaliser. Qu’est-ce qui, hormis une terrasse de café bondée, un sorbet citron et les jambes enfin visibles des femmes, symbolise mieux le début de l’été que du foin, hein, je vous le demande ?

 

Meule paille

 

Et puis, je vais en profiter pour exposer quelques photos de bois flotté prises hier au bord du lac où j’ai emmené Petit Pepper. Les morceaux que j’ai réussis à photographier sont ceux qu’il a jugés, parce que pas assez gros, peu appropriés au lancer sur quelques Parisiens braillards à la peau si blanche qu’elle en était presque diaphane. Bon dieu, au début, on leur voyait toutes les veines et, pour certains des plus blêmes, on devinait presque les boyaux. Mais, fort heureusement, en fin d’après-midi, les coups de soleil les avaient rendus enfin opaques. Et moins bruyants.

 

Le lac en question est le sujet de la dernière photo. Celle-ci est ce qu’on appelle, du moins je le crois, une photo composite. C'est-à-dire qu’elle est en fait composée de trois photos différentes accolées les unes aux autres. Pour l’histoire, sachez que c’est la toute première fois que je fais un cliché de la sorte.

 

Bois flotté

Bois flotté2

Bois flotté4

Bois flotté5

Bois flotté6

Bois flotté7

 

Panorama Enchanet

 

 

 

Le titre auquel vous avez échappé : Comment peut-on rester de bois face à de belles meules ?

Par Sergeant Pepper - Publié dans : Impressions
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Mardi 31 mai 2011 2 31 /05 /Mai /2011 15:44

 

Petit Pepper a le rhume, un de ces bons gros rhumes qui vous transforment le nez en robinet mal fermé et réduisent vos yeux à deux fentes étroites et larmoyantes. Un de ces rhumes épiques qui vous font croire que votre appendice nasal, picotant et agaçant, a pris possession de tout votre visage. Vous n’avez plus de bouche, de joues, ni même d’yeux malgré les larmes qui en coulent. Vous devenez pour quelques jours un nez énorme qui, en plus d’être aveugle, perd tout sens olfactif.

Il va de soi, dans de telles circonstances, que vous n’avez pas envie d’aller à l’école pour faire plic ploc sur le contrôle de calcul. Vous sentez bien que la seule chose que vous allez pouvoir multiplier sont des taches rondes et mouillées sur une feuille blanche au quadrillage flou où s’affichent quelques nébuleuses opérations.

 

Evidemment, vous êtes en position de force pour négocier une journée à la maison – au lit d’abord, puis devant la télé et enfin sur le tapis du salon avec un monceau de feuilles et des tas de crayons. Maman n’est pas là pour s’opposer, bec et serres, à ce que vous restiez pour dessiner des ronds et hurler des carrés avec force reniflements et un accent allemand. Papa, surtout s’il a son content de café et qu’on le laisse émietter du pain au chocolat sur son clavier, est ce qui, dans la maison, ressemble le plus à de la pâte à modeler. Un plic, un ploc, un refoulement d’eaux usagées, des phrases plein de « b » et il se fait fort d’appeler école, bus scolaire et municipalité puis de vous planter devant un chocolat fumant, des tartines beurrées et ce qui se fait de mieux en dessins animées.

Baba, cela se sait, est bas chiant tant qu’on le laisse taber en baix ses bages caféïnées. Si seulement, toutes les trois ou quatre heures, il ne se mettait bas en tête d’introduire des gouttes ignominieuses dans votre nez, ce serait le bied.

 

 

Petit Pepper a le rhume, un bon gros rhume au rez-de-chaussée. J’entends ses reniflements, ses rires larmoyants devant la télé, le chocolat qu’il aspire à grand bruit, le craquement des biscottes sous la dent et les projets d’organisation qu’il se récite à haute voix tout en les croquant sur du papier chiffonné.

 

Il a le rhume, un gros nez coulant et il est vivant, presque inaltéré. Il balance encore entre le gros bébé et le petit enfant.

 

Il reste un an, peut-être deux, avant qu’il ne quitte à jamais le royaume des premiers temps, le vaste été qui s’étire jusqu’à l’horizon et ne laisse derrière lui son enveloppe d’organisme insouciant, son habit de nudité, sa peau si douce dont, chaque jour, papa ou maman goûte le velouté sans qu’il soit besoin de demander un laissez-toucher.

La saison des caresses, dont l’un et les autres peuvent encore se gorger, se repaître et s’enivrer, tire à sa fin. Bientôt, les chatouilles n’émoustilleront plus et les rires qu’elles faisaient naître vont s’essouffler puis se taire. Les baisers dont on s’est nourri au quotidien en s’emmitouflant dans les bras de ses parents auront bientôt un goût de plat dont on est fatigué. Un matin, à la découverte d’une carapace là où il y avait du satin, les doigts devront cesser ce ballet qu’ils dansaient amoureusement du nombril jusqu’à la pointe du nez

 

L’enfant veut devenir un homme, être un grand et l’homme, qui sait ce qu’il a perdu et combien cette vanité lui a coûté, donnerait tout et bien plus encore pour retrouver ce qu’il lui a fallu abandonner sur le chemin. S’il le pouvait, il s’en retournerait en courant, en pleurant, vers le commencement. Il ramasserait un à un tous les jouets, tous les espoirs, toutes les journées ensoleillées, tous les noëls emballés de papier brillant qui lui sont tombés des mains.

Il tuerait père et mère pour un papa et une maman, des couvertures chaudes et tirebouchonnées, de l’herbe haute dans laquelle on peut ramper et disparaitre, un chat qui parle, un vélo qui déraille et la magie de pouvoir rapetisser afin d’entrer de plein pied dans des châteaux de terre mouillée, de pouvoir être un explorateur aux aguets dans la luxuriance des trèfles vert foncé où rampent des lombrics aux couleurs de serpents dont il faut se méfier.

 

L’enfant, qui ne sait pas encore que lui seul connait l’infini et comprend l’impossible et qui ne le saura que lorsqu’il ne les connaitra ni ne les comprendra plus, veut inexorablement, impitoyablement grandir. Il appelle, il exige une indépendance qui, finalement, triomphera de sa liberté, de son génie à inventer et à peindre une réalité qui vaut d’exister. Et il n’est rien qui puisse être fait pour que son imagination ne s’étiole pas, pour que son monde ne rétrécisse pas, pour que l’éternité reste sa seule unité de temps et pour qu’il croie toujours que le pouvoir des papas à effacer une journée d’école, plus que du pouvoir, est une magistrale démonstration de magie. Il n’est rien qui puisse être fait, tout papa que l’on est, pour lui conserver l’accès aux châteaux ou la possibilité de mettre les voiles sur une flaque d’eau.

 

 

Mais pour le moment, Petit Pepper a le rhume au rez-de-chaussée, un de ces bons gros rhumes d’enfant que ponctuent reniflements, rires, éternuements, mouchages tonitruants, papier que l’on froisse, dessins que l’on déchire et sauts de chevalier dément sur le parquet, robe de chambre rouge au parfum sucré qui lui fait comme une cape, qui lui fait comme des ailes, qui l’aide à s’envoler.

 

Dehors, il pleut et la lumière est grise. Les rideaux sont ouverts sur des vitres mouillées et, au-delà, sur des gens qui se cognent sûrement contre des nuages ternes et bas. Mais ici, dans le cocon chaud, confortable et peut-être même ensoleillé, les rêves peuvent éclore, grimper jusqu’au ciel et virevolter. Ici, on peut faire des pirouettes au figuré et tournoyer sans risque de se heurter à des limites qui ne sont plus. On peut traverser les murs, s’élancer, tourbillonner, s’évaporer, reprendre forme, poser le pied par terre et repartir en flèche.

 

A peine s’il faudra atterrir un instant pour quelques gouttes ignominieuses de plus dans ce nez qui fait déjà plic ploc, une courte escale, le brix à bayer bour un rhube carabiné assorti d’une jolie journée chômée.


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Vendredi 6 mai 2011 5 06 /05 /Mai /2011 18:55

 

Je n’ai pas ramené grand-chose de ma sortie de cet après-midi, hormis les deux photos ci-dessous et, après la découverte d’une épicerie perdue au milieu de nulle part, des cacahuètes grillées, des chips, une baguette bien cuite, un bocal de fritons et des mousses au chocolat et au café.

J’ai également trouvé un portefeuille plein de billets craquants d’une dénomination bien supérieure à celle que je vois habituellement mais, je ne sais pas du tout ce qui m’a pris, j’ai couru après son propriétaire pour le lui rendre. Enfin, quand je dis que j’ai couru, je ne l’entends pas non plus au sens littéral. N'exagérons rien. Il y a belle lurette que je ne cours plus. Au mieux, je trotte.

 

 

 

Lac Enchanet2

 

Lac Enchanet(Celle-ci, ici un peu petite, mérite que l'on clique dessus)


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  • : 07/07/2009

Où se terre-t-il ?

  • France Thaïlande Cantal Chiang Mai Nothing Hill

 

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