
Je pourrais, aujourd’hui, comme tous les jours de l’année ou presque, vous raconter des conneries. Vous en êtes conscients, n’est-ce pas ?
Oui ?
Bien. Je voulais juste être certain que vous êtes pleinement, terriblement conscients de l’immense pouvoir qui est le mien sur ce blog qui est également mien et pour lequel j’ai acheté le nom de domaine jusqu’au 3 février 2012.
Bon, continuons.
Autant vous le dire de suite, et cela n’a pas valeur d’aveu puisque je n’éprouve pas la moindre once de culpabilité, mais je n’ai absolument aucune idée, au moment où je tape ces mots, de ce que va être le sujet de cet article. Aussi, je propose que nous improvisions, que nous tracions un chemin dans la dense blancheur de la page et que voyons où cela nous mène.
A force d’aligner des mots à peu près intelligemment reliés entre eux, je suppose que nous finirons bien par obtenir un ensemble de phrases qui, au final, constitueront un texte et que, faute d’arriver dans un quelque part qui valait la peine que l’on s’y rende, nous atteindrons au moins le fond de la page.
De toute façon, avoir un sujet est une notion surfaite, en ce sens que l’objectif est l’ennemi de l’aventure.
De plus, pendant que vous réfléchissez à la phrase précédente, que vous cherchez si elle veut vraiment dire quelque chose qui valait la peine d’être entendu, je bénéficie d’un certain répit que je peux mettre à profit pour imaginer une suite qui n’ait pas l’air d’en être une.
Je viens juste de réaliser que, n’ayant pas de sujet, rien, mais alors rien, ne m’oblige à avoir un plan, à faire montre de quelque cohérence qui, du reste, serait en totale contradiction avec cet esprit d’aventure dont je vous ai entretenu au paragraphe précédent et sur lequel vous êtes peut-être encore en train de réfléchir. Bon dieu, je peux sauter du coq à l’âne, de la pomme de terre à la corde. Je peux vous dire que, dehors, le temps est superbe, tellement superbe que c’en est une putain de honte que je reste à l’intérieur alors que rien, pas même vous, ne m’y oblige, puis, sans prévenir, vous signaler que j’écoute Willy DeVille après avoir donné une trentaine de minutes dans du Violent Femmes puis du Prince. Rien ne m’interdit non plus de vous prévenir que, ce matin, Lucy in the Sky a obtenu le renouvellement de sa carte de séjour malgré les menaces du vilain Claude Guéant et alors même qu’elle ne contribue en rien au produit intérieur brut. Tant que nous y sommes, pourquoi ne pas vous avouer que j’envisage de rendre visite à la jeune et jolie maîtresse (d’école) de Petit Pepper au prétexte que je ne comprends pas toutes les rubriques d’un formulaire qu’elle m’a aimablement envoyé.
Non, merde, trop tard. Il est 16 heures 05. Elle a déjà fermé les portes de l’école. Tant pis, j’irai demain. Vers 12 heures 30, quand les gosses seront à la cantine. Peut-être qu’elle me paiera une de ces cigarettes qu’elle fume en douce quand elle s’imagine que personne ne la regarde, ses longs cheveux blonds au vent. J’aime bien, perchées sur le bout de son petit nez, ses lunettes noires dont on ne peut qu’imaginer qu’un opticien Krys les a créées spécialement pour ce nez-là. Et seulement pour ce nez-là.
Bon, mine de rien, le fond de la page approche. Quelque chose se dessine, s’ébauche. Si je me lève de ma chaise et m’éloigne un peu pour regarder l’écran, il est évident que tout cela ressemble de plus à plus à un texte.
Sans compter que le temps avance et que l’heure de la bière approche.
Bref, tout se passe plutôt bien.
Je ne pense pas que vous ayez entendu mais l’album live de Willy DeVille est arrivé à terme et, sans guère d’hésitation, j’ai opté pour Soul Coughing.
Cela sera sûrement passé tout aussi inaperçu de vous mais sachez tout de même qu’avec la précédente remarque nous entamons une deuxième page. Nous sommes donc bien au-delà, non pas de l’objectif puisque nous n’en avions pas, mais des espérances les plus folles. Qui eut cru que nous en arriverions là à cet instant ? Personne. Et c’est peut-être d’ailleurs en cela que réside l’aventure véritable : arriver nulle part contre toute attente à point d’heure.
Et découvrir quelque chose qui justifie peut-être le pénible, l’éprouvant chemin que l’on vient de parcourir à travers la blancheur profonde d’une page autrefois nue.
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